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homme en cage à Hong Kong

HONG KONG : L’ENFER D’UNE VIE EN CAGE

Il y a quelques jours on vous parlait des hôtels capsules au Japon très prisés par la population. C’est d’un type de logement tout aussi petit mais beaucoup moins prisé, chez leurs voisins chinois, dont nous allons vous parler aujourd’hui : les « maisons-cages ».


Si son statut politique est plus que controversé, la région administrative spéciale chinoise de Hong Kong est un symbole mondial de libéralisation économique. Un véritable paradis pour certains, et un enfer pour d’autres. Concession britannique pendant plus d’un siècle, Hong Kong est rendue à la Chine en 1997 et a depuis su s’imposer dans le top 4 des centres financiers mondiaux. L’image d’une ville qui ne s’arrête jamais, de l’opulence démesurée, d’un cœur financier asiatique offrant des opportunités de carrière et une forêt de gratte-ciel à n’en plus finir. Tout cela concentré sur les 7% du territoire hongkongais que représente l’île de Hong Kong. Bref, un cadre de vie unique en Asie entre mer et montagne. À condition toutefois d’en avoir les moyens, puisque même si en 2016, Hong Kong perd la pole position au classement des villes les plus chères du monde au mètre carré, elle conserve sa place sur le podium entre New York et Londres, selon le dernier classement du Parisien datant du mois dernier.

 

Au milieu de ce semblant de parfait, de fortes disparités socio-économiques existent d’un habitant à l’autre. On oublie souvent que la ville de Hong Kong ne se limite pas qu’au panorama de gratte-ciel que l’on peut admirer depuis le pic Victoria. La majeure partie du territoire hongkongais, beaucoup moins internationale et nettement moins riche, se situe sur le continent à la frontière avec la Chine. C’est ici que se cachent des barres d’immeubles abritant les « maisons-cages », comme dans le vieux quartier de Sham Shui Po. Face à une constante hausse des prix de l’immobilier, des centaines de milliers de personnes, les plus démunies, se voient donc contraintes de vivre… en cage. Des chambres minuscules où s’entassent des dizaines de box grillagés d’à peine 2 mètres sur 1 où des hommes, et parfois des femmes, de tout âge y (sur)vivent, pour la « modique » somme de 120 euros (+/-) par mois. Ces locataires sont pour la plupart des travailleurs issus de Chine continentale à la recherche de meilleures conditions de vie, des personnes âgées touchant une aide sociale à peine plus élevée que leur loyer, ou parfois même des familles entières forcées d’y habiter « provisoirement ».

 

Pour la petite histoire, c’est à la fin de la guerre civile chinoise et de la proclamation de la République Populaire de Chine par le Grand Timonier Mao que de nombreux chinois émigrent vers Hong Kong pour fuir les conditions difficiles sur le continent. Face à une trop forte immigration en trop peu de temps, le gouvernement ne peut accepter tout le monde en logements sociaux. Ces « maisons-cages » commencent donc à se populariser du fait de leur prix « dérisoire » mais n’auraient dû être qu’une solution temporaire à l’époque, et c’est malheureusement une bien triste réalité qui persiste encore aujourd’hui. Une aberration lorsqu’on sait que Hong Kong est la troisième ville hébergeant le plus de milliardaires au monde, et que selon la Banque Mondiale, son PIB par habitant PPA en 2015 était largement supérieur à celui de la plupart des pays européens comme l’Allemagne ou la France.

 

Les plus « chanceux » des « hommes cages » logent dans des box semblables à des placards clos, mais la grande majorité d’entre eux se contente de cages grillagées, empilées les unes sur les autres, où l’on peine à s’allonger. Un ou deux mètres carrés d’espace sans fenêtres, sans matelas, sans électricité, où ces « prisonniers » se doivent d’y vivre pendant des années et y entassent leurs effets personnels accumulés sur toute une vie. C’est ce que raconte Leung Cho-yin dans un entretien au Daily Mail, un septuagénaire vivant « en cage » depuis plus de 20 ans. Outre les dysfonctionnements électriques et fuites en tout genre dans l’immeuble, l’hygiène des semblants de parties communes (cuisine et salle de bains) laisse également à désirer, véritables repères à insectes et nids à bactéries. Le climat subtropical de Hong Kong n’aide en rien à ces conditions insalubres. Inutile de préciser que ces « maisons-cages » ne disposent quasiment jamais de climatisation, ni de déshumidificateurs, ni encore de simples systèmes de ventilation. Les températures dans ces taudis peuvent facilement monter jusqu’à 40+ degrés en été, combinées à un taux d’humidité raflant les 78% en moyenne à l’année, ces conditions rendent la survie en « maisons-cages » insupportable, et pourtant, c’est bien quelques 200.000 personnes qui y vivraient.

 

En conséquence, beaucoup de personnes âgées souffrent désormais de maladies respiratoires et de maladies mentales. Des conditions de vies illégales et surtout inhumaines que déplorent plusieurs ONG, telle que SoCO, une organisation locale œuvrant pour les droits des plus défavorisés et des migrants. Ces associations ne semblent pourtant toujours pas se faire entendre par l’exécutif hongkongais. Quelle(s) solution(s) pour ce gouvernement, qui se retrouve dans une impasse ? Détruire ces logements reviendrait à mettre à la rue des milliers de gens qui ne pourraient toujours pas se permettre de vivre ailleurs…